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Saint Sébastien et le nu en peinture.

Afin de comprendre comment Saint Sébastien devient un véritable canon de beauté à partir de la Renaissance, il convient dans un premier temps d’évoquer le contexte général du corps en peinture.

Pour cela, nous vous proposons de consulter l’article « nu » de l’encyclopédie Larousse en ligne (auteur inconnu, directeur de la publication : Isabelle Jeuge-Maynart) hébergée par la société Hachette Livre.

Cet article nous propose une histoire de l’évolution de la peinture du nu du Moyen-Âge au XXe siècle, en passant bien évidemment par la Renaissance. Il évoque le sujet aussi bien du point de vue du traitement que de la réception.

Saint Sébastien et quelques une de ses représentations y sont cités à plusieurs reprise à titre d’exemple, c’est donc un bon moyen de replacer notre personnage dans un contexte iconographique plus large.

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Saint Sébastien et l’érotique homosexuelle.

Aujourd’hui icône homosexuelle, et Saint Patron de la communauté Gay catholique, Saint Sébastien connait une représentation sensuelle et érotique dès la Renaissance, sans que cet aspect ne soit explicitement évoqué à l’époque.

Karim Ressouni-Demigneux, actuellement ATER à l’université de Provence,  membre associé du Centre d’Histoire et Théorie de l’Art (CEHTA) et membre du comité de rédaction d’Images Re-vues, a consacré son mémoire en 1996, puis sa thèse de fin d’étude en 2002 à l’image érotique de saint Sébastien et à  son rapport avec l’homosexualité à partir de l’étude de la production picturale de la Renaissance.

Nous vous proposons ici son mémoire complet La chair et la flècheLe regard homosexuel sur saint Sébastien tel qu’il était representé en Italie autour de 1500mis en ligne par l’UFR de philosophie de l’université Paris I.

L’auteur y retrace l’histoire du lien qui unit Saint Sébastien à l’homosexualité depuis la Renaissance, tout en faisant référence à ses représentations et ses connotations contemporaines.

Sur une note un peu plus insolite, nous vous proposons également de consulter   l’intervention de ce même auteur lors du colloque consacré à l’historien de l’art Daniel Arasse à l’Institut National de l’Histoire de l’art du 8 au 10 juin 2006.

Il s’agit ici d’une intervention à propos de l’ouvrage  « Le corps fictif de Sébastien et le coup d’œil d’Antonello » de Daniel Arasse, Karim Ressouni-Demigneux revient sur un détail particulier du Saint Sébastien d’Antonello da Messina, dans lequel le nombril du saint représenterait un œil.

L’intervention est téléchargeable gratuitement au format audio ou vidéo depuis mars 2011 via le site de diffusion de l’école normale supérieure de Paris


Saint Sébastien: « l’expérience limite ».

A partir de la Renaissance, nous le savons, le corps de Saint Sébastien évolue du simple vieillard au jeune éphèbe que nous connaissons à travers la plupart des tableaux du XVe siècle et au-delà  jusqu’à devenir l’icone érotique et homosexuelle du XXe.

Pour réfléchir sur cette appropriation de la sensualité à travers le corps de Saint Sébastien, nous vous proposons cet article Sébastien : jadis et maintenant, essai  rédigé en 1988 et mis en ligne en 2010 sur le  blog « Lettres à un jeune philosophe de l’histoire et autres essais » par Jean-Paul Coupal.

Jean-Paul Coupal, chercheur en philosophie de l’histoire et en comportements des psychologies collectives des cultures et des civilisations à l’Université Concordia, Montréal et auteur de plusieurs blogs et essais à visée philosophique nous propose ici d’étudier l’évolution la représentation de Saint Sébastien à travers le temps, en peinture et sculpture, l’accent est mis sur la beauté et l’aspect érotique du corps.

Est évoquée bien sûr la relation à l’homosexualité, mais c’est avant tout le corps qui est mis en valeur à travers ses différentes postures et expressions et l’évolution de son traitement à la Renaissance et à la période baroque, cet article aide donc à comprendre en quoi Saint Sébastien devient, dans l’imaginaire commun, l’incarnation de la beauté sensuelle.

L’article étant véritablement complet et bien documenté, vous y trouverez une bibliographie importante une iconographie fournie, détaillée, et assez complète sur les diverses périodes de représentation du Saint.


La sagittation ratée : signe de l’intervention divine

Connu pour avoir subi le martyre des flèches, Saint Sébastien ne mourra pas ainsi : l’article « La vita di San Sebastiano » du site touristique officiel du Palazzolo Acreide à Syracuse en Sicile(le site est dirigé par un journaliste et écrivain italien, nommé Giuseppe Fava, lien vers notre article sur compte Delicious) montre comment à travers un exemple de dévotion populaire traditionnelle et ancienne en Sicile, Saint Sébastien, qui a survécu au martyre des flèches ce qui est en soi un évènement surnaturel,  ne peut qu’être lié à une intervention  divine et la récompense céleste qui attend un saint martyr.

De même l’article « Saint Sebastian considered »  (lien vers notre compte Delicious) du blog amateur de Frederick W Bunce, ancien professeur émérite d’histoire de l’art et d’architecture de l’université d’Ohio rejoint la même perspective : un vrai miracle divin, qui étonne les romains, les soldats et Dioclétien même. Dès lors se développe cette association entre le saint et la figure iconique grâce à ce martyr terrestre inefficace face à la puissance divine.

L’iconographie italienne nous relate ce type d’attributions : Benozzo Gozzoli dans cette représentations du saint on évacue la dimension du martyre, certes les flèches sont présentes, mais le saint n’apparait plus souffrant et couvert de sang : la représentation du registre céleste avec Dieu, le Christ et la Vierge, illustre la bienveillance divine et la récompense prochaine qui l’attend.


Un Saint érotique et provoquant

Après la Renaissance, la vision du corps de Saint Sébastien va évoluer. Les artistes vont érotiser ce corps jusqu’à lui donner une position lascive qui s’oppose aux  toutes premières représentations de Saint Sébastien, où les artistes accentuaient  la douleur sur le visage du saint ainsi que les représentations de flèches associées à la mort noire.

L’article de Dominique Fessaguet (Psychologue clinicienne, psychanalyste, enseignante-chercheur à l’université Paris VII),  « Lascif Saint Sébastien » sur le site de cairn.info (Cet article bien documenté s’appuie sur plusieurs tableaux pour montrer l’érotisation des représentations de Saint Sébastien après la Renaissance) illustre bien cette vision.

Le premier tableau qui représente vraiment la nudité de Saint Sébastien est  de Fra Bartolomeo ; il était d’une telle virtuosité qu’il « hantait les rêves et rêveries des femmes et que la contemplation de ce beau jeune homme dans une nudité extrême, n’était pas sans engager au péché toutes celles qui le contemplaient », mais pour des raisons inconnues ce tableau a disparu.

D’autres artistes vont ensuite représenter Saint Sébastien de manière érotique comme Bronzino ou El Greco (lien vers notre Flickr). Ils développent  une toute nouvelle manière de représenter Saint Sébastien, manière où le sang et les blessures disparaissent pour laisser seul le corps nu du saint.

On s’éloigne donc d’une imitation du Christ pour arriver à des représentations de corps adolescent voir juvénile. Dans ces tableaux il n’est plus question de la représentation du martyre de Saint Sébastien mais de la chair, et de sa représentation.  Cette vision du martyr de Saint Sébastien ira tellement loin que les censeurs de la Réforme et de la Contre-réforme  recommanderont de représenter Saint Sébastien criblé de flèches, couvert du sang de ses blessures et non « nu, beau, charmant et blanc ».