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Saint Sébastien et la communauté homosexuelle : origines, appropriations, contestations

Dans cette catégorie du blog, nous analysons la place de Saint Sébastien à l’époque contemporaine et comme nous l’avons maintes fois évoqué, sa forte assimilation avec la communauté homosexuelle, voir LGBT. Ce vidéo de la journaliste Federica Giordani (publié sur le site amateur « c6.tv », sans date de mise en ligne) s’intéresse à l’iconographie actuelle autour du saint, qui le présente comme icône gay par excellence. Cependant cette attribution est relativement récente,comme l’ont montré nos différents articles, et date de la fin du XIXème sicèle, début XXème siècle, pour atteindre son paroxysme après les révolutions sexuelles de 1968.

La vidéo prend comme point de départ l’iconographie contemporaine présente  dans l’exposition « San Sebastiano icona gay «  à l’Open Pier Space de Milan (une exposition collective de 25 artistes italiens, se déroulant du jeudi 20 janvier  au 26 février 2011), et semble nuancer cette revendication très forte de la part de la communauté homosexuelle qui voit dans le saint, une icône gay, saint patron de la communauté gay catholique, ou saint protecteur contre le sida.

Le sujet meme de Saint Sébastien est une hérésie pour la communauté catholique, et suscite de nombreuses controverses : mais le choix meme de Saint Sébastien comme icône gay est remis en cause dans cette vidéo. Elle révèle que ce saint était agé d’une trentaine d’année à l’époque de son martyre, contrairement aux iconographies provocantes de la fin de la Renaissance présentant un saint, jeune, athlétique et très beau. Mais par ces caractéristiques que les artistes ont inventé au fil du temps, le statut du saint a évolué, voir déformé si on en reste à la stricte lecture de La Légende Dorée, et il apparait alors « prédisposé » à éveiller les fantasmes, exciter l’imaginaire homosexuel depuis des écrivains comme Gabriele d’Annunzio, qui vont jusqu’a imaginer un amour homosexuel entre Sébastien et Dioclétien…

C’est bien l’évolution de l’iconographie, de la société et des mentalités et surtout l’imagination des artistes qui on fait de Saint Sébastien une icône gay.

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La sagittation ratée : signe de l’intervention divine

Connu pour avoir subi le martyre des flèches, Saint Sébastien ne mourra pas ainsi : l’article « La vita di San Sebastiano » du site touristique officiel du Palazzolo Acreide à Syracuse en Sicile(le site est dirigé par un journaliste et écrivain italien, nommé Giuseppe Fava, lien vers notre article sur compte Delicious) montre comment à travers un exemple de dévotion populaire traditionnelle et ancienne en Sicile, Saint Sébastien, qui a survécu au martyre des flèches ce qui est en soi un évènement surnaturel,  ne peut qu’être lié à une intervention  divine et la récompense céleste qui attend un saint martyr.

De même l’article « Saint Sebastian considered »  (lien vers notre compte Delicious) du blog amateur de Frederick W Bunce, ancien professeur émérite d’histoire de l’art et d’architecture de l’université d’Ohio rejoint la même perspective : un vrai miracle divin, qui étonne les romains, les soldats et Dioclétien même. Dès lors se développe cette association entre le saint et la figure iconique grâce à ce martyr terrestre inefficace face à la puissance divine.

L’iconographie italienne nous relate ce type d’attributions : Benozzo Gozzoli dans cette représentations du saint on évacue la dimension du martyre, certes les flèches sont présentes, mais le saint n’apparait plus souffrant et couvert de sang : la représentation du registre céleste avec Dieu, le Christ et la Vierge, illustre la bienveillance divine et la récompense prochaine qui l’attend.


Saint Sébastien : un martyr chrétien

La biographie de Saint Sébastien la plus connue et diffusée est celle de de Jacques de Voragine, chroniqueur italien et archevêque de Gênes, dans la Légende Dorée, (© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais, traduite en français par l’abbé J-B. M. Roze, chanoine honoraire de la cathédrale d’Amiens) ouvrage datant du XIIIème siècle, qui est considéré encore actuellement comme un recueil exhaustif de vie de saints, saintes, martyrs chrétiens ayant subi la persécution à l’époque des empereurs romains.

Ainsi, nous insisterons sur les caractéristiques du martyre propre à ce saint grâce à cet ouvrage et l’iconographie, qui ont contribué à faire de lui un saint martyr chrétien exemplaire : sa foi, son courage et son endurance sont plus puissants que les supplices imposés.

Saint Sébastien subit le martyre des flèches, que l’on nomme sagittation, ordonné par l’empereur romain Dioclétien, furieux de voir que celui-ci refuse d’adorer les divinités païennes en réclamant son amour pour « Notre seigneur Jésus Christ ». C’est un supplice cruel d’autant plus qu’il entraine une lente agonie : les coups de flèches transpercent toutes les parties du corps du saint, qui ayant les mains attachés solidement à un arbre ne peut rien faire d’autre que subir la sagittation.

C’est donc une pratique dont le but n’est pas la mort instantanée, qu’aurait pu procurer une décapitation : Dioclétien teste le saint pour voir jusqu’où ira sa foi. Ainsi le supplice est long, le saint apparait alors entièrement recouvert de flèches et de sang, qui ont véritablement déformé son anatomie, il est ce que l’auteur appelle « saint hérisson ».

Cette expression semble alors avoir été reprise à la lettre par les artistes du Moyen Age, tels Del Biondo dans son Martyre de Saint Sébastien (lien vers les images de notre Flickr): le saint est entièrement recouvert de flèches, de la tête aux pieds, les mains attachés et en proie aux archers romains. La mise en valeur spatiale du corps du saint, placé en hauteur et isolé du reste des personnages, ainsi que le choix d’un fond d’or tel que l’on pouvait le retrouver  sur les icônes byzantines de l’époque, montrent bien qu’il s’agit d’une scène de sagittation, d’un martyre.

L’artiste, par ces moyens techniques, illustre son parti pris pour élever Saint Sébastien au rang de saint martyr chrétien exemplaire, au même titre que Pierre et Paul, devenant ainsi le 3ème saint patron de la ville de Rome. A cette période la représentation du martyre prévaut encore, c’est la raison d’être principale pour laquelle le saint est représenté dans les œuvres religieuses : c’est avant tout un modèle pour les fidèles. Il s’agit de l’iconographie originale du saint avant que ne viennent se greffer d’autres iconographies et attributions.