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Saint Sébastien et le nu en peinture.

Afin de comprendre comment Saint Sébastien devient un véritable canon de beauté à partir de la Renaissance, il convient dans un premier temps d’évoquer le contexte général du corps en peinture.

Pour cela, nous vous proposons de consulter l’article « nu » de l’encyclopédie Larousse en ligne (auteur inconnu, directeur de la publication : Isabelle Jeuge-Maynart) hébergée par la société Hachette Livre.

Cet article nous propose une histoire de l’évolution de la peinture du nu du Moyen-Âge au XXe siècle, en passant bien évidemment par la Renaissance. Il évoque le sujet aussi bien du point de vue du traitement que de la réception.

Saint Sébastien et quelques une de ses représentations y sont cités à plusieurs reprise à titre d’exemple, c’est donc un bon moyen de replacer notre personnage dans un contexte iconographique plus large.

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Saint Sébastien: « l’expérience limite ».

A partir de la Renaissance, nous le savons, le corps de Saint Sébastien évolue du simple vieillard au jeune éphèbe que nous connaissons à travers la plupart des tableaux du XVe siècle et au-delà  jusqu’à devenir l’icone érotique et homosexuelle du XXe.

Pour réfléchir sur cette appropriation de la sensualité à travers le corps de Saint Sébastien, nous vous proposons cet article Sébastien : jadis et maintenant, essai  rédigé en 1988 et mis en ligne en 2010 sur le  blog « Lettres à un jeune philosophe de l’histoire et autres essais » par Jean-Paul Coupal.

Jean-Paul Coupal, chercheur en philosophie de l’histoire et en comportements des psychologies collectives des cultures et des civilisations à l’Université Concordia, Montréal et auteur de plusieurs blogs et essais à visée philosophique nous propose ici d’étudier l’évolution la représentation de Saint Sébastien à travers le temps, en peinture et sculpture, l’accent est mis sur la beauté et l’aspect érotique du corps.

Est évoquée bien sûr la relation à l’homosexualité, mais c’est avant tout le corps qui est mis en valeur à travers ses différentes postures et expressions et l’évolution de son traitement à la Renaissance et à la période baroque, cet article aide donc à comprendre en quoi Saint Sébastien devient, dans l’imaginaire commun, l’incarnation de la beauté sensuelle.

L’article étant véritablement complet et bien documenté, vous y trouverez une bibliographie importante une iconographie fournie, détaillée, et assez complète sur les diverses périodes de représentation du Saint.


Un Saint érotique et provoquant

Après la Renaissance, la vision du corps de Saint Sébastien va évoluer. Les artistes vont érotiser ce corps jusqu’à lui donner une position lascive qui s’oppose aux  toutes premières représentations de Saint Sébastien, où les artistes accentuaient  la douleur sur le visage du saint ainsi que les représentations de flèches associées à la mort noire.

L’article de Dominique Fessaguet (Psychologue clinicienne, psychanalyste, enseignante-chercheur à l’université Paris VII),  « Lascif Saint Sébastien » sur le site de cairn.info (Cet article bien documenté s’appuie sur plusieurs tableaux pour montrer l’érotisation des représentations de Saint Sébastien après la Renaissance) illustre bien cette vision.

Le premier tableau qui représente vraiment la nudité de Saint Sébastien est  de Fra Bartolomeo ; il était d’une telle virtuosité qu’il « hantait les rêves et rêveries des femmes et que la contemplation de ce beau jeune homme dans une nudité extrême, n’était pas sans engager au péché toutes celles qui le contemplaient », mais pour des raisons inconnues ce tableau a disparu.

D’autres artistes vont ensuite représenter Saint Sébastien de manière érotique comme Bronzino ou El Greco (lien vers notre Flickr). Ils développent  une toute nouvelle manière de représenter Saint Sébastien, manière où le sang et les blessures disparaissent pour laisser seul le corps nu du saint.

On s’éloigne donc d’une imitation du Christ pour arriver à des représentations de corps adolescent voir juvénile. Dans ces tableaux il n’est plus question de la représentation du martyre de Saint Sébastien mais de la chair, et de sa représentation.  Cette vision du martyr de Saint Sébastien ira tellement loin que les censeurs de la Réforme et de la Contre-réforme  recommanderont de représenter Saint Sébastien criblé de flèches, couvert du sang de ses blessures et non « nu, beau, charmant et blanc ».